Blanding : pourquoi les marques finissent par se ressembler ?
Le blanding désigne cette tendance à simplifier et uniformiser l’identité visuelle jusqu’à parfois effacer ce qui rendait une marque singulière. Logos épurés, typographies sans-serif, palettes réduites : pendant plusieurs années, les mêmes codes se sont diffusés du luxe à la banque, de la beauté à la tech.
Réduire cette convergence à un manque collectif d’imagination serait pourtant trop simple. Le blanding répondait à des contraintes réelles : multiplication des supports, écrans plus petits, besoin de cohérence internationale et pression à la lisibilité.
- Auteur : Pascual Lallemand
- Date :
- 6 min de lecture
Pourquoi le numérique a-t-il favorisé le blanding ?
Une identité doit aujourd’hui fonctionner sur un smartphone, un site, une application, un packaging ou une interface. Dans ce contexte, les formes simples sont faciles à redimensionner et à décliner.
Le paradoxe est que chaque choix peut être parfaitement rationnel pris individuellement, tout en produisant collectivement de l’uniformité. Plus les marques cherchent à être universelles, plus elles risquent de se ressembler.
Pourquoi les marques finissent-elles par s’imiter ?
En 1983, Paul DiMaggio et Walter Powell décrivent un mécanisme qui éclaire particulièrement bien ce phénomène : l’isomorphisme mimétique. Face à l’incertitude, les organisations observent les acteurs considérés comme légitimes ou performants et reproduisent leurs solutions. Leur article montre aussi le rôle de l’isomorphisme normatif, lié aux mêmes formations et normes professionnelles.
Appliqué au design, le mécanisme est simple : une identité épurée paraît moderne, une typographie géométrique semble fonctionner, d’autres acteurs reprennent ces codes. Le risque n’est pas seulement de copier un concurrent, mais de copier collectivement la même idée de ce qu’une marque moderne devrait être.
Les mêmes écoles, les mêmes agences, les mêmes outils et les mêmes plateformes d’inspiration renforcent encore cette convergence. Figma ou Adobe ne produisent évidemment pas des identités identiques, mais ils participent à un environnement professionnel commun où certaines solutions deviennent plus naturelles que d’autres.
Pourquoi le luxe a-t-il particulièrement suivi ce mouvement ?
Le luxe a traversé plusieurs incertitudes en même temps : digitalisation, internationalisation, nouvelles générations de consommateurs et évolution des signes traditionnels du statut.
Le logo lui-même rencontrait aussi ses limites. Une analyse publiée en 2019 dans la Harvard Business Review recommandait aux maisons de miser davantage sur la qualité et les caractéristiques propres du produit plutôt que sur le logo seul pour lutter contre la contrefaçon.
Le minimalisme répondait donc aussi à une transformation du statut : moins par l’affichage, davantage par le code.
Le blanding est-il forcément une mauvaise stratégie ?
Non. Une identité simple peut être très distinctive. Le problème apparaît lorsque la simplification supprime précisément les éléments qui permettaient de reconnaître la marque.
La vraie question est donc : que reste-t-il lorsque l’on enlève le superflu ?
Le minimalisme clarifie. Le blanding uniformise.
Et lorsqu’une esthétique devient la norme, elle finit naturellement par perdre son pouvoir de distinction.
→ À lire ensuite : La fin du blanding, pourquoi les marques redeviennent-elles expressives ?
Foire Aux Questions (FAQ)
-
Quelle est la différence entre blanding et minimalisme ?
Le minimalisme consiste à réduire volontairement les éléments visuels. Le blanding apparaît lorsque cette simplification entraîne également une perte de distinction par rapport aux autres marques.
-
Pourquoi les marques utilisent-elles autant de typographies sans-serif ?
Parce qu’elles sont généralement lisibles, flexibles et adaptées aux interfaces numériques. Leur généralisation a cependant contribué à rapprocher visuellement de nombreuses identités.
-
Le blanding est-il terminé ?
Non. Les contraintes qui l’ont favorisé existent toujours. Mais l’uniformité qu’il a créée pousse désormais certaines marques à rechercher davantage de personnalité et de signes distinctifs.