Tendances design : que dit le blanding de notre époque ?
Pendant une dizaine d’années, ouvrir le compte Instagram d’une maison de luxe, d’une banque ou d’une marque de cosmétiques donnait souvent la même impression : typographies sans-serif, palettes sobres, compositions épurées. Les marques étaient différentes, mais leurs identités semblaient progressivement parler la même langue.
- Auteur : Pascual Lallemand
- Date :
- 8 min de lecture
Puis quelque chose a changé. Les typographies redeviennent expressives, les couleurs se saturent, les références historiques reviennent. Les marques réinvestissent leurs archives et réintroduisent des aspérités qu’elles avaient parfois soigneusement éliminées. Ce basculement des tendances design pourrait être lu comme une simple évolution du goût, mais le design ne change jamais seulement parce que nous nous lassons d’une couleur ou d’une typographie. Il change aussi parce que les incertitudes d’une époque changent.
Pourquoi toutes les marques ont-elles fini par se ressembler ?
Le blanding répondait à des contraintes bien réelles : interfaces numériques, multiplication des supports, besoin de lisibilité, internationalisation. Le minimalisme coche beaucoup de cases : il est lisible, adaptable et réduit le risque de rejet.
Le problème apparaît lorsque cette solution devient une norme. À force de rechercher la même efficacité, les marques finissent par adopter les mêmes réponses. Le design retrouve alors l’une de ses tensions historiques : l’arbitrage entre fonction et esthétique, efficacité et expression.
→ En savoir plus : Blanding, pourquoi les marques finissent par se ressembler ?
Pourquoi les marques redeviennent expressives ?
Parce qu’un style qui fonctionne finit par être observé, imité, puis saturé. Le digital accélère encore ce cycle : ce qui pouvait autrefois mettre plusieurs années à se diffuser circule aujourd’hui presque instantanément.
Burberry est un bon thermomètre de ce basculement. En février 2023, la maison dévoile une identité inspirée de ses archives et remet en avant son Equestrian Knight Design, dont l’origine remonte à environ 1901.
Le détail, le patrimoine et le symbole redeviennent alors des ressources. Une discrétion devenue tendance n’est déjà plus complètement discrète.
→ En savoir plus : La fin du blanding, pourquoi les marques redeviennent expressives ?
Sommes-nous passés de « qui suis-je ? » à « est-ce vrai ? »
Le réflexe « @Grok, is this true ? » résume assez bien le déplacement. Devant une image spectaculaire, une vidéo virale ou une information douteuse, la première question n’est parfois plus ce qu’elle signifie, mais si elle correspond réellement à quelque chose qui a existé.
L’IA générative ne change donc pas seulement les outils de création. Elle change notre rapport aux images elles-mêmes. Le blanding répondait à une époque qui cherchait notamment la discrétion ; le retour de l’expression répond à une autre question : qui suis-je et comment le montrer ? L’ère synthétique ajoute une nouvelle inquiétude : à qui et à quoi se fier ?
La preuve d’humanité devient-elle la nouvelle rareté ?
Quand n’importe quelle esthétique peut être reproduite, la rareté pourrait se déplacer du résultat vers son origine. Une marque qui possède un atelier, des archives, des objets, des personnes ou des traces de fabrication détient quelque chose qu’une image générée ne peut pas produire à elle seule : une existence hors du flux.
Mais le paradoxe est immédiat. L’IA sait aussi produire le grain, l’imperfection, la matière et le fait-main. Le signe de l’humain n’est donc plus nécessairement la preuve de l’humain.
C’est ici qu’apparaît un nouveau territoire : une esthétique de la preuve, où le design cherchera moins à paraître humain qu’à rendre perceptible l’origine d’un contenu.
→ En savoir plus : L’esthétique de la preuve, le prochain grand territoire du branding ?
Le prochain terrain du design ne sera peut-être pas une esthétique
Le prochain cycle ne se jouera peut-être pas seulement entre minimalisme et maximalisme, serif et sans-serif, sobriété ou couleurs saturées. Il pourrait se déplacer vers une question plus fondamentale : qu’est-ce qu’une marque est capable de prouver de son existence ?
Le design transformera probablement cette quête de provenance en signes. Puis ces signes seront copiés, banalisés et finiront eux aussi par saturer.
Le gros logo a saturé. Le minimalisme a saturé. L’esthétique du réel saturera probablement elle aussi.
Le blanding est mort ; son successeur portera peut-être l’uniforme du réel.
Foire Aux Questions (FAQ)
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Qu’est-ce que le blanding ?
Le blanding désigne la tendance à simplifier les identités visuelles au point que de nombreuses marques finissent par partager des codes similaires : logos épurés, typographies sans-serif, couleurs sobres et compositions minimalistes.
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Pourquoi le blanding s’est-il imposé ?
Parce qu’il répondait efficacement aux contraintes du numérique : lisibilité sur de petits écrans, adaptabilité, cohérence entre les supports et capacité à fonctionner à l’échelle internationale.
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Le minimalisme est-il en train de disparaître du branding ?
Non. Les contraintes qui l’ont rendu efficace existent toujours. Ce qui semble reculer est plutôt son statut de solution esthétique quasi universelle. Les marques cherchent davantage à combiner simplicité et singularité.
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Pourquoi les marques reviennent-elles à des identités plus expressives ?
Lorsque les mêmes codes visuels deviennent dominants, ils perdent progressivement leur capacité à différencier une marque. Le retour du patrimoine, des typographies expressives et d’identités plus singulières peut être lu comme une réaction à cette uniformisation.
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Quel impact l’IA aura-t-elle sur le design graphique ?
L’IA ne modifie pas seulement les outils de création. Elle modifie également notre rapport aux images et à leur origine. La provenance, le processus de création et la capacité à établir la confiance pourraient donc prendre une place croissante dans le branding.
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Qu’est-ce que l’esthétique de la preuve ?
L’esthétique de la preuve désigne ici l’utilisation de signes visuels associés à l’authenticité, à la provenance et au réel : matière, archives, traces de fabrication, imperfections ou gestes humains.
Ces signes ne constituent toutefois pas une preuve en eux-mêmes, puisqu’ils peuvent également être reproduits artificiellement.